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Qu'est-ce que le Batchrocket ?

Plan

Introduction


Les poêles de masse sont composés d'un coeur de chauffe dont le but est de brûler le bois le plus efficacement possible, et d'un système de récupération de la chaleur dont le but est de transmettre la chaleur des fumées à la masse. Le coeur de chauffe peut être comparé au moteur d'une automobile qui libère l'énergie stockée dans un combustible (le pétrole pour l'automobile, le bois pour les poêles de masse).

Le Batchrocket (encore appelé Batchbox ou BBox) est un coeur de chauffe qui permet une excellente combustion du bois, d'où à la fois une économie de combustible et une réduction de la pollution atmosphérique. L'accent est mis sur la simplicité de construction et sur une diffusion libre des plans pour que les auto-construteurs puissent s'approprier cette technologie.

Schéma : Vues isométriques d'un Batchrocket.

Le Batchrocket a principalement été développé par Peter van den Berg depuis 2012 avec la collaboration des membres du forum US sur les Rocket Stoves. Il s'agit de la suite du développement des Rocket Stoves : les rendements de combustion sont toujours aussi bons mais le Batchrocket est beaucoup plus puissant, ce qui lui permet de chauffer de plus grands volumes moins bien isolés.

L'association UZUME travaille depuis fin 2015 sur des poêles de masse utilisant le Batchrocket. Nous poursuivons le développement des Batchrockets et nous diffusons la technologie par le biais de stages d'auto-construction, d'un manuel d'auto-construction que nous écrivons, et d'articles internet comme ce site ou le site batchrocket.eu/fr/ qu'un de nos membres a traduit en français.

Voici deux exemples de poêles de masse réalisés par UZUME dont le coeur de chauffe est un Batchrocket :


Images : À gauche, poêle en briques réfractaires avec un enduit terre; à droite, poêle en briques de terre crue.

Les origines


Améliorer la combustion du bois permet de diminuer la pollution liée aux fumées ainsi que la quantité de bois nécessaire pour une chauffe donnée.

Très tôt, les hommes ont réalisé qu'un coeur de chauffe en forme de "L" permettait une meilleure combustion du bois. On retrouve encore aujourd'hui des traces de l'utilisation de ce principe sur les vieux fours à chaux ou encore sur des fourneaux très simples utilisés pour la cuisson dans divers endroits du monde.

Photo : Coeur de chauffe en "L" utilisé pour raffiner du sucre, Laos, H. A. Wirtz.
Source : The Book of Masonry Stoves, David Lyle, 1984, p. 31.

Schéma : Four à briques avec des coeurs de chauffe en "J".
Source : The Self-Reliant Potter: Refractories and Kilns, Henrik Norsker, 1987, p. 50.


Pour certaines applications, les quantités de bois nécessaires sont telles qu'il devient très important de bien maitriser la qualité de la combustion.

Par exemple, les fours à briques artisanaux en Amérique latine ou en Inde peuvent facilement avoir une capacité de plusieurs dizaines de milliers de briques par cuisson, ce qui nécessite plusieurs dizaines de tonne de bois à chaque fois !

On retrouve donc des coeurs de chauffe à la conception soignée dans ces constructions. Notamment des coeurs de chauffe en "J" qui sont une amélioration des versions en "L". On peut l'observer sur l'image ci-contre : c'est la base des Rocket Stoves modernes.


Les Rocket Stoves dans leur forme actuelle sont issus du travail initial réalisé par Ianto Evans à la fin des années 70.

Le coeur de chauffe qu'il a développé s'approche des deux exemples précédents, mais la combustion est améliorée grâce à l'utilisation de matériaux réfractaires isolants et un travail sur les proportions optimales du "J".

Autour de ce coeur de chauffe, un bidon métallique et des bancs en bauge permettent la récupération de la chaleur des fumées.

Schéma : Vue en coupe d'un Rocket Stove moderne.
Source : Rocket Mass Heaters, I. Evans et L. Jackson, 2014, p. 18.

Les limites du Rocket Stove


Un rendement excellent..

Le succès des Rocket Stoves et sûrement lié à l'excellente qualité de la combustion par rapport à leur simplicité de construction. Ci-dessous se trouve le compte rendu de l'analyse de combustion d'un Rocket Stove classique que nous avons construit d'après les plans de Peter van den Berg.

Graphique : Résultats de l'analyse de combustion d'un rocket stove de 180 mm sur une flambée à pleine puissance.
Source : Analyse effectuée avec le Testo 230-LL en Août 2016

Le rendement total (combustion x récupération) moyen est de 95%, ce qui est excellent. Le taux de monoxyde de carbone est extrèmement faible sur la plus grande partie de la flambée. En moyenne, le Rocket Stove émet 807 ppm (particules par million) de CO (monoxyde de carbone) dilué, ce qui indique une combustion de très bonne qualité.

..mais une faible puissance..

Pour le test correspondant au graphique précédent, 6 kg de bois très sec (~15% d'humidité) ont été brûlés. Le fagot était composé de 1 kg de petit bois et 5 kg de bois fendu à un diamètre de 5-10 cm. La flambée a duré un peu moins de 2h avec une surveillance régulière pour rajouter du bois au fur et à mesure qu'il se consommait. D'après ces mesures, la puissance d'un Rocket Stove de 180 mm de diamètre interne est d'environ 900 W en considérant une flambée d'environ 2h par jour.

À droite, photo du Rocket Stove utilisé pour ce test.

Photo : Rocket Stove de 180 mm utilisé comme cuisine d'extérieur. Réalisé par l'association UZUME, Juin 2016.

À titre de comparaison, un Batchrocket de 180 mm de diamètre interne a une puissance d'environ 3200 W en considérant une flambée de durée équivalente. À taille équivalente, un Batchrocket est donc 3,5 fois plus puissant qu'un Rocket stove. De plus, la flambée d'un Batchrocket ne nécessite pas d'intervention de l'utilisateur : à chaque chargement le foyer est complètement rempli avec du bois et il ne faut pas en rajouter pendant la flambée. Et en fonction du tirage, on peut utiliser des bûches de taille classique : pas besoin de refendre le bois comme pour les Rocket Stoves.

..et une utilisation plus délicate

Graphique : Résultats de l'analyse de combustion d'un rocket stove de 180 mm sur une flambée au ralenti.
Source : Analyse effectuée avec le Testo 230-LL en Août 2016

Au ralenti, les résultats sont moins flatteurs : CO dilué moyen de 1435 ppm et rendement total moyen de 79%.

Au delà de ça, la combustion latérale est relativement inconnue ce qui conduit les utilisateurs inexpérimentés à s'enfumer. De plus, le fait qu'il n'y ait pas de porte rend aussi plus probable les retours de fumée dans la maison.

Le Batchrocket


Images : Vues 3D d'un Batchrocket

Le Batchrocket (encore appelé Batchbox ou BBox) amène beaucoup d'améliorations par rapport au Rocket Stove classique :

  • Rendements de combustion équivalents ou meilleurs;
  • Beaucoup plus de puissance à taille de système égale, donc la possibilité de chauffer de plus grand volumes moins bien isolés;
  • Vue du feu;
  • Pas besoin de s'occuper du feu pendant la flambée;
  • Feu dans une enceinte close;
  • Possibilité d'utiliser des bûches de taille normale.
En contre partie, les batchrockets demandent :
  • Un tirage correct (~6 Pa min. au démarrage si le batchrocket est couplé à une cloche, plus sinon) donc pas de sorties "ventouses";
  • Une construction plus technique;
  • Des portes (vitrées ou non) avec leurs bâtis.
La fabrication des portes et les travaux de fumisterie, tout comme la découpe des briques réfractaires, demandent du savoir faire et du matériel, ce qui a un coût. À taille de système égale, les batchrockets sont donc plus chers.

Voici par exemple un poêle batchrocket réalisé par Peter van den Berg en 2015 :

Images : À gauche, batchrocket en béton réfractaire; à droite, poêle complet en béton réfractaire teinté
Source : Peter van den berg, http://batchrocket.eu/fr/application#redbell

Ci-dessous une courbe issue de l'analyse de combustion de ce poêle :

Graphique : Résultats de l'analyse de combustion d'un batchrocket de 150 mm.
Source : Analyse effectuée par Peter van den Berg, Fevrier 2016, http://batchrocket.eu/fr/plans#canalsol

Les résultats de cette flambée sont :

  • O2 moyen : 13%
  • Rendement total moyen (PCI) : 95.2%
  • CO dilué moyen : 282 ppm
  • CO non dilué moyen : 746 ppm
  • Température moyenne des fumées à la sortie du poêle : 66.4 °C.

Ces résultats sont tout à fait exceptionnels parce qu'ils sont à la fois le fruit d'une conception et d'une réalisation soignées, et d'un utilisateur très compétent. Dans des conditions plus réalistes, il est possible de réaliser des poêles batchrockets qui fonctionnent de manière quotidienne avec des utilisateurs moins expérimentés tout en ayant un rendement réel moyen compris entre 85 et 90%, et avec un taux de CO dilué moyen inférieur à 1000 ppm. Ce qui correspond toujours à d'excellents poêles d'après tous les standards.

Comparaisons..


..avec la réglementation

Le label Flamme Verte demande un rendement supérieur à 70% et des émissions de CO dilué inférieures à 3000 ppm en pleine flambée (à 13% d'O2) pour les poêles et inserts labélisés 5 étoiles. Or les valeurs d'émission de CO sont toujours beaucoup plus faibles en pleine flambée qu'en moyenne, parce que les phases où le feu est au ralenti polluent plus.

Par exemple, sur le graphique précédent le batchrocket émet environ 200 ppm de CO dilué à 13% d'O2, soit quinze fois moins que cette réglementation.

..avec d'autres poêles de masse

Certains poêliers-fumistes américains (Norbert Senf, Alex Chernov) publient régulièrement les résultats des analyses de leurs poêles. Par exemple, les résultats de 2009 basés sur le coeur de chauffe développé par Norbert Senf (le HeatKit) sont disponibles sur son site.
Les données brutes recueillies et adaptées aux unités européennes par nos soins sont disponibles ici.

Ce sont d'excellent coeurs de chauffe et sur les 36 flambées qui ont été testées, les moyennes sont les suivantes :

  • O2 moyen : 13,4%
  • Rendement total moyen (PCI) : 85,1%
  • CO dilué moyen : 1267 ppm
  • CO non dilué moyen : 3512 ppm

Le HeatKit permet des flambées moyennes de 27 kg de bois, ce qui correspond à des poêles d'une puissance d'environ 8 kW sous deux flambées par jour. C'est énorme.

Image : Poêle basé sur le HeatKit et réalisé par Turtlerock Masonry Heat, 2001.
Source : http://heatkit.com/docs/c-held.htm

Les résultats de ces analyses nous montrent que, bien réalisés, les poêles basés sur des batchrockets polluent environ 4 fois moins que les poêles basés sur des HeatKit. D'autant plus que le HeatKit possède un très gros foyer par rapport au batchrocket testé (27 kg vs. 6 kg de bois par flambée), ce qui est un avantage puisqu'il est plus facile d'avoir un gros feu qui brûle bien qu'un petit.

D'autre part, en combinaison avec le principe des cloches, il est possible d'obtenir des rendements globaux excellents liés à des températures de sortie basses.

..avec des gazinières

Des expériences menées par le Ministère américain de l'énergie[1] ont montré que les cuisinières à gaz bien réglées et les fours à gaz émettaient en moyenne 800 ppm de CO non dilué. C'est-à-dire que, à puissance égale, un poêle batchrocket bien réalisé émet en moyenne autant de monoxyde de carbone qu'une gazinière où qu'un four à gaz..


Références

  1. R.J. Karg Associates, 2001, p. 8-9, Field Protocol for Gas Range Carbon Monoxide Emissions Testing. http://www.karg.com/pdf/CO_Field_Protocol_annotated.pdf et http://www.karg.com/pdf/coairfree_article.pdf